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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 09:51

L'homme est le meilleur ami du chien

 

La main humaine surgit devant la chienne, qui par son grognement protégea telle une amure sa progéniture. Lorsque le chiot par la main fut retiré, un coup de dent dicté par une féroce volonté se dessina. La voix du deux pattes paternel freina l’élan de l’instinct.

-       Laisse. Il ne lui fera rien. L’homme est le meilleur ami du chien.

Le petit chien entendit la phrase et la mémorisa.

 

Truhan.jpg

La chienne laissa échapper un gémissement et levant une patte à la manière d’une supplique, implora d’une moue silencieuse qu’on lui rendît son petit. Ses yeux devinrent vitreux et de sa gueule ouverte, elle haleta, vaincue.

 

Blotti entre les hautes parois d’un carton à chaussures, le petit chien passa des mains d’un homme aux mains d’un autre, en échange d’argent.

 

La voiture en s’éloignant, finit par estomper les hurlements pitoyables de la chienne, qui submergée par l’impuissance dut se rendre à l’amère évidence : jamais plus elle ne reverrait le fruit de ses entrailles.

 

Une rue marqua son destin. L’homme descendit du véhicule, tenant la boîte comme s’il s’était agi  d’un trésor. Après un bref passage dans l’ascenseur, un triste couloir les mena devant une porte. L’homme l’ouvrit.

-       Les enfants ! s’exclama-t-il d’une voix puissante – ceci est votre cadeau de Noël.

La joie illumina tous les visages. Comme une peluche, le petit chien passa de bras en bras, bercé de tendres regards et étourdi de caresses. Dans le cœur du petit chien, la joie prit place : il était aimé. En guise de bienvenue, il reçut rapidement un nom, ils le baptisèrent Truhan. Pour Truhan, la froidure du mois de décembre ne fut que chaleur humaine.

 

Les journées s’écoulaient et les jumeaux Marisa et Jorgito reléguaient à plus tard les instants de repos de Truhan, lequel entre jeux et câlins était épuisé. Les moments de répit profitaient à la grand-mère Paca, qui tendrement le couvrait de tendresse. Par ailleurs, on l’emmenait trois fois par jour au parc, pour qu’il coure tout son soûl et puisse jouer avec les chiens du voisinage. Et c’est tout naturellement que vibrait encore la phrase de son père de jadis : « L’homme est le meilleur ami du chien ».

 

Maman Clara et papa Joaquim souriaient heureux; sans l’ombre d’un doute, le petit chien complétait le tableau familial.

 

Le temps passant, Truhan devint un chien vif, curieux et surtout très proche des gens.

-       Il est merveilleux, disaient de lui les voisins.

 

Truhan vécut les angoisses de la famille quant à la maladie de la grand-mère Paca, fut témoin des disputes entre Clara et Joaquim et partagea autant les rires que les larmes de Marisa et de Jorgito.


Les fortes chaleurs firent leur apparition. Un jour, à l’aube, comme à son habitude, papa Joaquim le fit monter dans la voiture. D’un bond, Truhan s’installa sur le siège passager. Le trajet fut long. Tout en conduisant, l’homme échangeait des regards tendres.

 

La ville était désormais bien loin. Joaquim arrêta la voiture. Il descendit et ouvrit la portière et souriant l’invita :

-       Allez Truhan. Descends et va te dégourdir les pattes.

Il sauta à terre et plein d’enthousiasme en son for intérieur partit comme une fusée à travers champs. Sautillant de pierres en fourrés, tout heureux. Il aboya  les oies qui l’apercevant s’envolèrent et s’amusa à mettre en fuite un lézard apeuré. Pourtant, alors qu’il regarda en arrière en quête d’un sourire approbateur de son maître, Joaquim n’était plus là.

 

La gueule béante et la truffe en l’air, il vit la voiture rapetisser au fur et à mesure qu’elle s’éloignait. Soudain, la présence d’un virage l’effaça complètement. Une légère bave sortit de ses commissures, tout son corps fut parcouru par un soubresaut de surprise tel un coup de fouet. Immédiatement la tristesse l’envahit et son âme tomba, prostrée aux pieds de la solitude. Alors, Truhan, refusant l’évidence, se coucha dans le fossé, les yeux envahis de silence. Son regard baigné d’espoir se mit à attendre le retour de Joaquim.

 

Marisa et Jorgito pleuraient  dans les bras de la grand-mère.

 

-       Nous ne savions pas à qui le laisser, répétait la mère afin de calmer la peine des enfants, qui tenaient encore entre leurs doigts la balle et les peluches de Truhan, où résonnait encore la joie du chien bien-aimé.

 

Le père arriva.

-       Tout est réglé ! Demain nous partons en vacances. A notre retour, je leur en achèterai un autre.

 

Les heures s’écoulaient lentement, la lumière laissa la place à l’ombre et de l’ombre jaillit le jour. Les rayons du soleil tombaient à la verticale, brûlant la rosée posée sur les feuilles. Truhan était là. Unique habitant de cet inerte paysage de l’abattement. Il avait soif, il avait faim, mais ses yeux étaient comme cloués sur la chaussée. Intérieurement, l’abandon entonnait son chant lacérant. Le regard sans éclat, la douleur sans larmes, le pauvre gémissait sans bruit. Les souvenirs de hier le frappaient : la maison, les enfants, l’amour qu’ils lui portaient. Il avait tout perdu, sans en connaître la raison. Dans sa tête, les paroles de son père : « L’homme est le meilleur ami du chien ».

 

-       Il a surgi de nulle part. Je n’ai pas eu le temps de freiner !

 

Les taches de sang qui dessinaient l’asphalte furent  les derniers vestiges de son passage sur cette terre. Dans le ciel, les nuages ondoyaient comme des vagues chevauchées par le vent.

 

       RICARDO MUÑOZ JOSE, http://linde5-otroenfoque.blogspot.com/, traduit par M.S

 

© les animaux maltraités. Tous droits réservés.

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