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25 décembre 2010 6 25 /12 /décembre /2010 21:21

En hommage aux millions de victimes ...

 

Gluglu était un jeune dindon, bien nourri et plein de vie, profondément attaché à Ana, la fille des propriétaires de la ferme.


 

A-pavo-1

 

Ana, la vingtaine, de santé fragile et de caractère introverti, vivait à l’écart de toute ambiance juvénile, c’est pourquoi elle réservait sa tendresse à son seul ami : Gluglu, le dindon. Pour elle, il représentait le centre du monde en devenir. Il était le dépositaire de ses rêves, déployant un univers de caresses, de confidences et de saine amitié.

 

Valentin et Joséphine, les parents d’Ana, ne voyaient pas d’un très bon œil un tel attachement, car les dindons incarnaient le souper traditionnel de Noël et même si eux n’allaient pas manger Gluglu, ils pouvaient le vendre à n’importe quel moment, et la chose serait entendue : le dindon finirait dans l’estomac d’une famille et Ana pleurerait en embrassant l’absence d’un compagnon de jeux.

 

Bien que Gluglu éprouvât une réelle tendresse à l’égard de la jeune fille, il était habité par un soupçon déchirant, étant donné les commentaires débités par les autres animaux de la ferme à propos du lien d’amitié inouï, qui le rattachait à la jeune fille.

 

-       Il ne passera pas les Fêtes de Noël, disait l’âne

-       Les hommes sont des carnivores et pour eux nous ne sommes que de la nourriture, argua le canard.

-       Eux troquent un ami contre un bon repas, ajouta le cochon

-       Seules les vaches vivent plus longtemps. Ils en prennent soin tant qu’elles donnent du lait, mais elles finissent dévorées sans le moindre remords, renchérit le chien.

 

Gluglu entendait toutes ces paroles. Il était réticent à l’idée d’entacher de la fange de la méfiance les sentiments d’Ana. Pourtant, il était convenable de ne pas oublier la signification du mot ferme : un établissement commercial dans lequel les animaux ne sont que de la marchandise. Il savait qu’on emmenait bon nombre de poules, canards et cochons et qu’on n’entendait plus jamais parler d’eux. Où allaient-ils ? Terminaient-ils dans l’assiette ? Toutes les conjectures étaient possibles. Quoique… Non ! Ana compromise dans une telle trahison ? Jamais.

 

Un matin, pourtant, un événement fit vaciller la tranquillité de la basse-cour et frémir l’âme de Gluglu. Des camions chargeaient des centaines de dindons et de porcelets devant la stupéfaction de l’entourage de ces pauvres créatures, qui partaient droit au sacrifice.

 

Ce fut le chat qui l’appela pour le mettre au fait de la terrible nouvelle :

 

- J’ai entendu dire que demain, ils célèbrent la Nuit de Noël et que le lendemain c’est Noël.


Gluglu se mit à trembler. Les dindons survivants, de même. Semblable à un gros nuage, la menace de mort flottait au-dessus de chaque habitant de la basse-cour.

 

L’avancée de l’obscurité engloutissait les reflets en décomposant les couleurs, en estompant les choses, en noircissant les arbres. Les bruits laissèrent la place au silence le plus parfait. Gluglu resta plongé dans l’obscurité, avec la peur lui labourant le corps et le découragement l’assaillant par à-coups. La solitude déployait les ailes tyranniques de l’insomnie. Dans une froide réalité, un pressentiment lui indiquait l’assiette en guise de sépulture et la mastication humaine comme pierre tombale. Les ombres agglutinées enflammaient l’attente lézardant la dure nuit du renoncement. Le repos restait hors d’atteinte. L’horloge scandait le suicide des heures. L’attente se faisait longue et la somnolence peignait un tableau angoissant ; un tableau à la fin inéluctable. Le lever du jour le prit par surprise avec son battement atroce d’ailes funeste.

 

- Je dois m’en aller, si je ne fuis pas, je finirai en repas de famille.

 

Triste décision, troquer le bonheur contre le désarroi. Il observa ses camarades de réclusion. Ils dormaient tous. Les autres dindons se reposaient en acceptant paisiblement leur tragique destin. Il tenta d’ouvrir la porte à coups de bec. Une partie de ce dernier se fendilla à cause de la dureté du bois. Sauter le grillage ?? Impossible étant donné la hauteur, de plus en tant que dindon, voler n’était pas dans ses cordes. Il décida de se sauver en creusant. Il gratta, gratta afin de se frayer un passage par-dessous le grillage. La clarté laissait apparaître l’annonce d’une nouvelle journée. Il devait accélérer la cadence, car dans ces contrées, on était habitué à se lever tôt et toute présence indiscrète risquait de mettre à mal la fuite. La terre, comme solidaire se fit plus meuble. Quelques instants plus tard, on pouvait distinguer la sortie. S’aidant de ses pattes, il se faufila. Certaines plumes finirent ondoyantes sur le barbelé, mais la liberté l’accueillit dans un souffle de soulagement. Gluglu lança un regard à la porte d’entrée, lui reprochant son manque de collaboration. Il s’éloigna de la basse-cour, empreinte de silence. Direction : le patio. Une brume dense s’empara de lui. Tout était frappé d’immobilité. Il y avait urgence. Il pensa à Ana.

 

-       Je ne la reverrai plus jamais.

 

L’absence de la jeune fille était déjà comparable à une blessure suppurant la nostalgie. La douleur faisait son chemin dans la mémoire des souvenirs les plus fous, ravivant des joies, laissant des abîmes de déception.

 

Il prit à travers champ. La brume encombrait le chemin. Il avançait tout en recréant les images qui l’habitaient, gémissant les adieux, à la merci d’un rêve désormais défunt. Il ne savait où aller, aucun lieu n’était sûr vu la période de l’année. D’un coup, la brume le happa. De gigantesques nuages l’encerclèrent de manière menaçante. La terre endeuillée et la solitude le faisaient voguer dans le vide. La marche du temps nichait dans la pierre. Un éclat, diffusant la brume, se rendait peu à peu maître du jour. La brume résumait la désaffection comme plaquée au sol de ce léger baiser subtilisé, réclamé par la terre transie.

Le paysage arborait une patine fer-blanc, estompant les noirceurs, faiblissant l’étreinte de la solitude.


 

A-niebla-1

  

Soudain, une surprise le fit frémir. Les yeux écarquillés, alors que ses ailes s’avouèrent vaincues. Devant lui, au milieu de la brume, comme une apparition maléfique : Valentin !

 

-       Gluglu, tu t’es échappé de la basse-cour. Viens, on rentre à la maison.

 

Valentin tendit la main. Vaine fut la tentative de fuite. Gluglu vit s’approcher cette main griffue telle un lasso fatal. Il parvint de justesse à retirer son cou, mettant à l’abri sa nuque. L’homme le prit dans ses bras. Le nuage rasait le sol, ils s’en retournèrent.

 

Matias et son épouse, à côté du camion.

 

-       Précisément aujourd’hui, tu dois prendre la route ?

-       Mais, femme, je ne pars pas à l’autre bout de la terre.

-       Tu n’a rien fait pour l’éviter ?

-       Non. Les gens ont besoin de leur marchandise, je dois la leur apporter.

-       Tu seras à l’heure pour le souper ?

-       Du calme. À la tombée du jour, je serai de retour.

 

La route ouvrit le giron de la large bande d’asphalte. Le camion affronta la monotone distance.

 

 

Gluglu, abattu par le terrible poids du doute, était témoin de l’avancée des heures, priant pour un changement soudain du calendrier.

 

Après la sieste, Ana le prit en promenade. Ils jouèrent ensemble et s’amusèrent insouciants. Gluglu mit de côté sa méfiance. L’horloge continuait à égrener l’inéluctable progression du temps. La brume affaiblit la matière laissant place à une clarté trouble. Matias monta à bord du camion décidé à rebrousser chemin. Il devait être chez lui à la tombée de la nuit. Souper tous en famille procurait un bonheur, qui n’était donné qu’une fois l’an.

 

Il se faisait tard. Il se peut qu’ayant tellement couru dans les champs labourés, la fatigue ne se soit insinuée dans le corps d’Ana. Par moments, la jeune fille sentait son souffle lui manquer, l’air la quittait. Le mal-être allait en augmentant inexorablement. Quand soudain le paysage disparut. Les yeux devinrent comme absents et le sol l’engloutit ! Elle tomba tel un chiffon. Inconsciente. En ne donnant plus aucun signe de vie.

 

Gluglu assista à la chute. La peur l’accabla. De suite, il essaya de la réanimer en battant des ailes et en poussant des cris. Sans résultat. Ana semblait bel et bien morte !

 

Le dindon sentit que quelque chose explosait dans son estomac et le trouble le traversa dans une angoisse oppressante. L’insécurité émanant du plus profond de lui se transformait en un remous de mauvais augure. D’étincelants tremblements parcouraient son esprit et le tonnerre de l’issue fatale le transperça d’une ondée d’inquiétude. Le désir de fuite s’était évaporé et la peur lui insuffla l’ordre de se diriger vers la route.

 

Au beau milieu de la chaussée, Matias remarqua la présence d’un dindon. Tout seul semblable à une figure fantasmagorique. Saisi par l’étrangeté de la situation, il klaxonna. Le bruit strident n’effraya pas l’animal. Pire, il ne fit même pas mine de se mettre de côté. Il ralentit. L’oiseau ne bougeait toujours pas. Devant tant de détermination, il appuya sur la pédale de frein. Les pneus crissèrent. Matias descendit du véhicule pour le faire fuir avant qu’une autre voiture ne l’écrase. Mais une autre surprise l’attendait. Il le vit, qui le regardait, se dandiner vers le fossé comme s’il voulait qu’on le suive. Le dindon pénétra dans les buissons. Le chauffeur, intrigué, le suivit. Non loin de là, ce qu’il aperçut lui fit presque sortir les yeux des orbites. Sur le sol, il distingua une fille qui gisait. Il la souleva et la mit à bord du camion. Gluglu le regardait, reconnaissant. Le transporteur démarra.

 

À l’hôpital, elle fut prise en charge par toute l’équipe d’urgentistes. La jeune fille avait eu une crise cardiaque et devait être opérée.

 

Les parents d’Ana arrivèrent tout tremblants d’empressement, piégés par les circonstances. Une fois rassurés par les nouvelles, ils mirent de côté leur anxiété.

 

Au comble de la gratitude, ils embrassèrent Matias.

 

-       Merci Monsieur, vous avez sauvé notre fille.

-       Non, c’est le dindon qui l’a sauvée. Il m’a conduit à elle.

 

Le chauffeur regagna son domicile avec plus de retard que prévu. Le souper de Noël se déroula dans la joie entre rires et toasts.

 

-       Matias, tu prendras bien un peu de dinde ???


 

A-pavo-3

 

À l'aube d’un nouveau jour, un  ami des animaux était né.

 

 

 

© D’après un texte de RICARDO MUÑOZ JOSE, traduit de l’espagnol par M.S.

 


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